Chronologie
1989, l’année des révolutions
Par Juliette Cua, publié le 13/04/2009 14:49 – mis à jour le 28/04/2009
Il y a 20 ans, en quelques mois, le système soviétique en Europe de l’Est s’effondrait. Dès l’automne 1988, les premiers signes du changement apparaissent. En Hongrie, les réformateurs entrés au gouvernement publient une loi qui prévoit la possibilité de créer des partis politiques. Le 70ème anniversaire de la création de la République tchécoslovaque est marqué par des manifestations contre le régime. La Bulgarie, la Pologne et l’Allemagne entrent rapidement dans le mouvement. 1989, année des révolutions, luttes acharnées ou transition douce, révolution de velours ou de palais. Rappel chronologique.
Janvier 1989
Bulgarie Le secrétaire du Comité central du Parti communiste déclare dans le Monde qu’en Bulgarie “il n’y aura pas d’autre parti au pouvoir que nous“. En juillet 1988, un candidat réformateur à sa succession avait été exclu du Parti.
Hongrie Le Parlement adopte deux lois sur les libertés d’association et de rassemblement.
Tchécoslovaquie Une importante manifestation à la mémoire de l’étudiant Jan Palachest très brutalement réprimée. Le dramaturge Vaclav Havel est arrêté.
– Pologne Après des mois de grèves et de manifestations, notamment contre la hausse des prix, le Parti communiste au pouvoir (Parti ouvrier unifié de Pologne, POUP) adopte une résolution prévoyant la possibilité d’un pluralisme syndical.
Mars
Hongrie Adoption d’un projet de réforme de la Constitution, prévoyant la création d’un poste de président de la République élu au suffrage universel.
Avril
Pologne Les négociations ouvertes en février entre le pouvoir et Solidarité, qui réclame la fin du monopole du POUP. aboutissent à un accord prévoyant la légalisation de Solidarité, l’entrée de l’opposition au Parlement et la démocratisation des institutions.
2 mai
Hongrie Premiers coups de cisailles dans le “rideau de fer” qui barrait la frontière entre la Hongrie et l’Autriche depuis 1966. Le récit de ces événements dans Newsweek du 4 mai 2009.
5 mai
Bulgarie – Des intellectuels qui avaient adressé à l’Assemblée nationale un projet de soutien à la glasnost et à la perestroïka sont arrêtés. La répression contre les militants défenseurs des droits de l’homme touche aussi les communautés musulmane et turque.
4 et 18 juin
Pologne Elections législatives “semi-démocratiques“. Débâcle du Parti communiste. Le 19 juillet, le général Jaruzelski est élu président de la République par le Parlement. Le gouvernement est formé en septembre et Solidarité prend la tête de 12 ministère sur 22.
Juillet
Tchécoslovaquie 30 000 intellectuels signent une pétition, “Quelques phrases”, en faveur de la démocratisation du régime.
Août
Allemagne Face à l’afflux d’Allemands de l’Est passés à l’ouest via Budapest ou Vienne, Bonn décide de fermer sa représentation permanente à Berlin-Est puis son ambassade en Hongrie. Profitant d’un “pique-nique” d’amitié austro-hongrois, environ 500 allemands de l’Est franchissent la frontière à Sopron. Pour tenter d’enrayer l’afflux des réfugiés, la RFA ferme son ambassade à Prague.
Septembre
Budapest laisse les Allemands de l’Est se trouvant en Hongrie gagner le pays de leur choix. Plus de 10 000 Allemands passent en Autriche, la plupart au volant de leur Trabant.
Octobre
Hongrie Lors d’un Congrès extraordinaire du Parti communiste, les réformateurs l’emportent et le Parti prend le nom de Parti socialiste hongrois.
Allemagne Nouvel afflux d’Allemands de l’Est à l’Ouest, en provenance de Prague et de Varsovie. La RDA interdit les sorties du territoire sans autorisation.
Bulgarie Le 19, à Sofia, première manifestation autorisée de militants des droits de l’homme bulgares. Premières réunions publiques de mouvements d’opposition le 20 alors que se tient la conférence de la CSCEsur l’environnement à Sofia.
Novembre
Bulgarie Le 3, cinq mille écologistes manifestent à Sofia aux cris de “démocratie”, “glasnost” et “référendum”. Le 10, le secrétaire du Comité central du PC bulgare est limogé. Le 13, les dissidents exclus en 1988 sont réintégrés. Le 18, les manifestants réclament aux nouveaux dirigeants l’accélération des réformes.
Allemagne Sous la pression des demandes de sorties du territoire, publication le 6 d’une proposition de loi autorisant les Allemands de l’Est à voyager librement 30 jours par an. Le 9, les autorités de RDA décident l’ouverture de la frontière. Des milliers de Berlinois franchissent le mur. Nuit d’allégresse à Berlin. Le lendemain, le Parti communiste est-allemand annonce des élections “libres et secrètes”. Le 21, manifestations à Leipzig en faveur d’une accélération des réformes. Apparition des premiers slogans en faveur de la réunification. Le 28, le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl présente au Bundestag un plan en vue d’une éventuelle réunification de l’Allemagne.
Tchécoslovaquie Manifestations importantes à Prague. Les forces de l’ordre interviennent très violemment. Le 19, à l’initiative de Vaclav Havel, sorti de prison, douze mouvements indépendants constituent un Forum civique qui propose l’ouverture de négociations sur la “situation critique” du pays. Celles-ci s’ouvrent dès le 26 mais n’empêchent pas d’importantes manifestations et la grève générale. Le 29, le Parlement abolit le rôle dirigeant du Parti.
Roumanie Le 20, le PC roumain réélit Nicolae Ceausescu à l’unanimité au poste de secrétaire général du Parti.
Décembre
Allemagne Le 3, la direction du PC est-allemand (SED) se saborde. Les principaux dirigeants de l’équipe Honecker sont arrêtés. Le 6 , s’ouvre une table ronde entre les mouvements d’opposition et le SED. Le 17 , la police secrète est-allemande (Stasi) est dissoute.
Tchécoslovaquie Le 15, suite à la formation d’un nouveau gouvernement dans lequel les communistes sont minoritaires, la nouvelle direction du Parti se prononce pour la dissolution de toutes les organisations du Parti communiste tchécoslovaque au sein de l’Etat. Le 23, début officiel du démantèlement du rideau de fer à la frontière entre la Tchécoslovaquie et la RFA.
Roumanie Le 16, premières violences à Timisoara. Pendant plusieurs jours, les forces de l’ordre répriment violemment des milliers de manifestants rassemblés pour protester contre la déportation du pasteur Lazlo Tokes, défenseur de la minorité hongroise. Le 21, la foule, appelée à soutenir Ceausescu à Bucarest se retourne contre le numéro un du Parti. L’armée intervient. Le 22, l’état d’urgence est proclamé sur l’ensemble du territoire. Dans la journée, Radio-Bucarest annonce l’arrestation de Ceausescu et de sa femme. Le 25, radios et télévision annoncent que les époux Ceausescu ont été jugés, condamnées à mort et exécutés immédiatement. Le 26, un nouveau pouvoir se met en place sous la forme d’un Conseil du Front de Salut National et annonce qu’il assurera la direction du pays jusqu’aux élections prévues en avril 1990.
Bulgarie Le 26, le Parti communiste accepte une table ronde avec l’opposition. Le 29, l’usage de la langue turque et la pratique de l’islam sont de nouveau autorisés.
Pologne Le 29, le Parlement abolit le rôle dirigeant du POUP et supprime les clauses de la Constitution définissant la Pologne comme un “Etat socialiste et populaire”.
Tchécoslovaquie Le 29, Vaclav Havel est élu président intérimaire en attendant les élections législatives, annoncées pour le 8juin 1990.
L’année 1990 achève les transitions en Allemagne, en Pologne et en Tchécoslovaquie. Les violences se poursuivent en Roumanie. En Hongrie, les anciens dirigeants du Parti communiste restent au pouvoir.
Allemagne En janvier 1990, les manifestations reprennent, elles critiquent très violemment les dirigeants de la RDA. Les formations non communistes s’organisent en vue des élections législatives qui sont prévues le 18 mars. Le 12 avril, le nouveau gouvernement est-allemand, large alliance entre la CDU, les sociaux-démocrates, les libéraux et l’Alliance conservatrice, se prononce en faveur d’une Allemagne unie, ancrée au sein de l’OTAN et de la Communauté européenne. Les mois qui suivent, la RDA et la RFA règlent les aspects internes (monnaie, économie, société) et externes (sécurité, frontières) de la réunification. Le 3 octobre 1990, le Parlement vote l’entrée de la RDA dans la loi fondamentale de la RFA. En une année, l’Allemagne divisée depuis 1949 s’est réunifiée.
– Hongrie – en avril, les premières élections législatives libres donnent la victoire à la droite, et le Forum démocratique s’allie à des petits partis de droite pour gouverner.
Roumanie les manifestations se poursuivent. Sous la pression des étudiants et des partis d’opposition, les élections sont avancées au 20 mai. Ion Iliescu, ancien secrétaire du Comité central du PC, président du Conseil provisoire d’union national est élu président de la République avec plus de 85 % des voix. Le Front de Salut national obtient plus de 66 % des suffrages. Les manifestations se poursuivent. Les affrontements sont violents. Le 6 juillet, le front de Salut national annonce son intention de se transformer en parti social-démocrate. Le 11, le Parlement se réunit en Assemblée constituante.
Bulgarie le 15 janvier, le Parlement abolit l’article de la Constitution garantissant le rôle dirigeant du Parti communiste bulgare. Les droits des Bulgare d’origine turque sont rétablis. Le 18, n’ayant pas obtenu de garantie d’accès aux médias, l’opposition se retire des pourparlers avec les communistes. En février, un nouveau gouvernement entièrement communiste est formé. Des élections sont annoncées pour le mois de juin. Le Parti communiste change de nom pour devenir le Parti socialiste bulgare, qui obtient la majorité absolue aux législatives du 17 juin.
Tchécoslovaquie le 10 avril, la République de Tchécoslovaquie devient la République fédérative tchèque et slovaque. Les 8 et 9 juin, aux élections législatives, le Forum démocratique de Vaclav Havel obtient une large majorité au Parlement fédéral.
Pologne en septembre, Lech Walesa se porte candidat à l’élection présidentielle au suffrage universel.
Asociația 21Decembrie 1989